Histoire du Tarot de Marseille

Les origines du Tarot de Marseille

Un document juridique datant de 1381 fait mention d’un jeu appelé nahibi, ancêtre du tarot moderne. Dans ce document, un certain Jacques Jean s’engage à ne pas s’y adonner lors d’un voyage de Marseille à Alexandrie.

Mais il semble probable que le tarot proprement dit soit arrivé à Marseille après la conquête de Milan par la France en 1499 et que les soldats soient revenus avec des cartes de tarot italiennes.

En effet Les jeux de tarot remontent à 1557, mais ils n’ont commencé à se répandre que plus tard au XVIIIe siècle. Le Tarot de Marseille raconte l’histoire du jeu de tarot qui a été créé à des fins de divination.

Les origines du Tarot sont encore en débat

L’origine du Tarot de Marseille est vigoureusement contestée par les historiens, selon les différents auteurs qui ont écrit sur le sujet. Certains prétendent par exemple qu’il vient d’Italie, car des car tes de Tarot datant du 15ème siècle ont été trouvées dans un vieux puits…

D’autres soutiennent que l’origine du Tarot est sans doute égyptienne, d’autres encore qu’il s’agit d’un héritage laissé par les Cathares… Alors, comment pouvons-nous vraiment le savoir ?

« Alejandro Jodorowsky et moi avons toujours affirmé que le Tarot de Marseille est clairement né à Marseille, et qu’il n’a absolument pas été copié à partir d’un jeu originaire d’une autre partie de l’Europe. Cette thèse contredit les affirmations de bon nombre d’historiens, qui, à titre de preuve, nous montrent des jeux de Tarot qui datent d’environ deux siècles plus tôt que les plus anciens jeux disponibles du Tarot de Marseille…

Ils en concluent que les ponts les plus anciens sont ceux qui ont donné naissance aux autres. Le Tarot de Marseille ne porterait alors son nom que parce qu’il a été fabriqué à Marseille. Cependant, si demain quelqu’un découvre un vieux coffret contenant des cartes encore plus anciennes provenant d’un autre pays, ces mêmes historiens changeront d’avis et ainsi de suite…

Pour ma part, je préfère me référer à des méthodes plus scientifiques, qui convergent toutes vers une véritable source de connaissance, qui serait géographiquement localisée, pour 2000 ans, à Marseille et ses environs. « 

Philippe Camoin, source : https://fr.camoin.com/tarot/Origines-Histoire-Tarot-Marseille1.html

une ancienne version du Fou

Un jeu de carte avant d’être un jeu de carte divinatoire

L’année 1709 est surtout connue pour son hiver record. Début janvier, le thermomètre a chuté, inaugurant le Grand Hiver, trois mois du temps le plus froid que l’Europe ait connu depuis 500 ans. Il se trouve que 1709 est aussi l’année où Pierre Madenié, maître-cartonnier du Duc de Bourgogne, crée un jeu de Tarot qui s’appellera un jour Tarot de Marseille, un jeu considéré par beaucoup comme l’un des plus beaux exemples du genre.

Bien qu’il soit prouvé que les cartes de Tarot ont été utilisées très tôt pour la divination, le jeu de Tarot de Pierre Madenié a été créé principalement pour le jeu. Le jeu était alors, et l’avait été pendant un certain temps, l’un des passe-temps les plus populaires du sud de la France. Des siècles avant l’avènement de la radio et de la télévision, les aristocrates avaient l’habitude de se réunir dans des salons et de discuter pendant des heures des questions importantes du jour. Les froides nuits d’hiver, ils se retrouvaient souvent à la table de cartes pour jouer au tarot devant un feu de camp.

Le jeu de cartes était populaire non seulement auprès de la noblesse, mais aussi auprès des gens de tous âges et de toutes les couches de la société. Compte tenu de la forte demande, des sociétés de fabrication de cartes se développent dans toute l’Europe, notamment dans le sud de la France. C’est à cette époque que Pierre Madenié exerce son métier dans son imprimerie de Dijon. Reconnu dans toute la ville pour la qualité de son travail, Madenié est finalement distingué par le Duc, gouverneur de la province de Bourgogne, qui lui commande de devenir le fabricant exclusif de cartes pour sa famille.

Une fabrication de carte qui a son importance

Les premiers jeux auraient été peints à la main. Les fabricants de cartes « professionnelles » sont apparus vers 1631 après que le roi Louis VIII ait autorisé l’impression de ces cartes à Marseille.

Avec le développement de nouveaux procédés typographiques qui ont remplacé les moules d’impression en bois par des moules en cuivre, la production a augmenté de façon spectaculaire, atteignant un taux de 180 000 paquets par an dans la région à la fin du 17e siècle.

Et au moment où l’intérêt pour ce jeu s’affaiblissait dans son Italie natale (selon la théorie que le tarot viendrait d’Italie…), le tarot a pris son essor en France. Marseille s’impose comme le premier fabricant de cartes à jouer et donne au jeu sa forme définitive, principalement sous l’égide du maître tarotier Nicolas Conver.

En 1760, Conver grava le plus célèbre des premiers jeux de tarot et fonda une usine, qui devint plus tard la Maison Camoin par le mariage de Jean-Baptiste Camoin avec l’un des héritiers de Conver.

Exportant dans le monde entier, la société produira finalement plus d’un million de jeux de cartes par an.

Les cartes ont été conçues de façon élaborée jusqu’aux environs de 1880, lorsque de nouvelles machines d’impression ont obligé le fabricant à simplifier le dessin et à réduire le nombre de couleurs, ce qui a donné le Tarot de Marseille moderne avec sa palette à dominante rouge, bleue et jaune.

L’idéologie a modifié les cartes !

Au début, les motifs étaient inspirés par les rois, les femmes nobles, les valets. Mais cela a changé (comme tant d’autres choses) avec la Révolution française, qui a fait entrer en jeu toute une nouvelle série de personnages – républicains, politiciens.

Les dramatis personae varient d’un pays à l’autre et d’une époque à l’autre. La Papesse, ou le pape féminin, était particulièrement contestée. Cette carte est basée sur le légendaire pape Joan, une anglaise charismatique et érudite qui a été élue pape au neuvième siècle.

« Il » est resté à la tête de l’Eglise jusqu’à ce que l’on découvre que le pape était enceinte ! La légende – pour laquelle il existe des preuves documentaires, bien que la plupart des universitaires d’aujourd’hui la rejettent – prétend que Joan a donné naissance lors d’une procession religieuse.

Pour éviter que cela ne se reproduise, le Vatican aurait fabriqué une chaise avec un trou dans le siège. Les futurs papes devaient s’y asseoir pendant qu’un jeune diacre s’approchait du trou pour vérifier que tous les morceaux mâles étaient présents et corrects. Cliquez ici pour en savoir plus sur l’histoire complexe du tarot.

Tarot divinatoire ? Début de spiritualité

Au départ, le tarot était un simple jeu de cartes mais, au cours des XVIIIe et XIXe siècles, le jeu de Marseille en particulier a été associé à la divination, au mysticisme et à la magie.

Carte de tarot du Marquis de Sade conçue par Jacques Herold. Les possibilités subversives du tarot ont été explorées en 1941 par un groupe de surréalistes dirigé par André Breton et comprenant Max Ernst et Jacques Hérold, alors qu’ils passaient un hiver tendu dans la ville en attendant des visas pour les États-Unis.

Avec leur vie en jeu, ce jeu du destin et du hasard a dû leur sembler le moyen le plus approprié pour passer le temps.

Réunis à la villa Air-Bel à la sortie de la ville ou dans un café du Vieux-Port, ils ont imaginé ce qui est devenu le Jeu de Marseille. Chaque membre a conçu deux cartes qui ont ensuite été légèrement redessinées pour donner à l’ensemble une identité homogène.

Dans leur jeu de tarot, les costumes traditionnels ont été rebaptisés Flammes (rouge) pour l’amour et le désir, Étoiles (noir) pour les rêves, Roues (rouge) pour la révolution, et Écluses (noir) pour la connaissance.

Pour eux aussi, l’ancienne hiérarchie royale des rois, des reines et des valets était hors de jeu.

Au lieu de cela, les 52 cartes étaient peuplées de mages, de sirènes, de bêtes étranges et des idoles littéraires des surréalistes – Baudelaire, De Sade (représenté par Hérold), Novalis, Hegel et Freud.

1941 andre Breton tarot de marseille

Retrouvez l’article sur : https://www.telerama.fr/monde/reinventer-le-tarot-de-marseille-sous-l-occupation-une-activite-surrealiste,106473.php

Après la guerre, avec la perte des colonies françaises et l’interdiction de certains jeux en Extrême-Orient, le tarot connaît un déclin et l’usine Camoin ferme finalement ses portes en 1971.

Le Musée du Vieux Marseille, qui a reçu une donation de cartes de la famille Camoin pour sa collection permanente, est désormais fermé pour une durée indéterminée. Mais Philippe Camoin, un descendant de la dynastie, maintient la tradition vivante et propose sur son site Internet une multitude d’informations et de cours de tarot.

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